Sociabiliser son enfant: Réfléchissons à la légitimité de cette notion…


Éducation / dimanche, février 17th, 2019

Cet article est le fruit d’une récente réflexion, suite à un énième échange sur la soi-disant nécessité de se détacher de son enfant, de le sortir régulièrement du cocon familial, afin de le rendre plus sociable…
Personnellement je trouve cela absurde !
Il y a de ces notions tellement ancrées dans la société depuis des décennies qu’elles nous paraissent légitimes et indiscutables, à tel point que nous les utilisons pour argumenter nos opinions sans y avoir jamais vraiment réfléchi.

Lorsque nous devenons parents, nous sommes régulièrement confrontés à ce type de questions, d’arguments qu’il nous semble impossible de remettre en question et qui nous mettent la pression. Comme si le simple fait d’être parents n’était pas déjà une responsabilité suffisante sans laisser autrui charger un peu plus nos épaules !

Je m’explique…
J’aime débuter ce type de réflexion en me penchant sur la définition des mots.
Le dictionnaire Reverso nous dit de la Sociabilisation:
– Fait de rendre sociable, d’insérer ou de réinsérer dans la société.
– Rendre sociable, plus sociable. Exemple: L’école sociabilise les enfants.
Petite parenthèse quant à cet exemple on ne peut plus explicite, « l’école sociabilise les enfants », autrement dit, l’enfant a besoin de l’école pour se sociabiliser, c’est une qualité qu’il doit acquérir… Je ne suis absolument pas de cette avis mais nous y reviendrons juste après.
Continuons…
Le Larousse nous donne cette définition de Sociable:
– Qui vit en société
– Qui se lie facilement aux autres et avec qui il est agréable de vivre.
La grande majorité d’adultes ont été des enfants scolarisés, nous sommes pourtant d’accord de dire qu’il est plus facile pour certain d’aller vers les autres, de se lier à autrui, quand d’autres sont plus réservés non ?
Les personnes souffrant d’agoraphobie ont-elles été des enfants non scolarisés ? Il me semble bien que non… Et peut-on qualifier les personnes vivant en marge, en dehors de la société de consommation, ou encore les ermites qui décident de se retirer au sommet d’une montagne himalayenne, d’insociable ?
Quant à  » avec qui il est agréable de vivre », je trouve cela totalement inapproprié, nul personne ne peut se vanter de s’entendre avec tout le monde puisque certaines personnalités sont compatibles, d’autres moins, d’autres pas ! Une personne aura beau être très sociable, inévitablement elle paraîtra agréable pour certain et totalement agaçante pour d’autre. Chacun sa vision, chacun son ressenti !
Dernière définition du Larousse, Société:
– Ensemble d’Êtres Humains vivant en groupe organisé. Les Hommes vivent en société.

Récapitulons… Selon le dictionnaire, sociabiliser son enfant signifie le rendre sociable, donc l’amener à se lier facilement aux autres et le rendre agréable à vivre, afin qu’il s’insère dans la société, soit, qu’il devienne un citoyen du Monde. Et l’école y contribue.
Rien ne vous choque ? De mon côté ces notions me posent problème !

Premièrement, signifier qu’il est nécessaire de sociabiliser un enfant me semble absurde puisque selon moi ce n’est en aucun cas une qualité qu’il doit acquérir puisque c’est une qualité innée, naturelle qu’il détient déjà ! Je suis moi-même admirative d’observer la facilité avec laquelle ma fille de 2 ans va vers les autres, en particulier les autres enfants, pour les serrer dans ses bras, jouer avec eux ou aider lorsqu’elle en voit un en difficulté ! C’est un élan du coeur qui est inné, et que nous perdons malheureusement en grandissant, où le contact devient moins évident.

  • blog happyangel

Cette notion de sociabilisation m’irrite car elle sous-estime, encore une fois, le potentiel de l’enfant, qui est un Être complet, et qu’il ne suffit qu’à laisser s’exprimer !
Un jeune enfant ne connaît pas le jugement, la différence. C’est donc naturel pour lui de se mélanger aux autres, à moins d’avoir été enfermé les vingts premières années de sa vie, coupé du monde…!
Je pense que l’on se trompe en pensant qu’il est nécessaire de le « couper » de ses parents pour le sociabiliser, car selon moi ce qui fait qu’un enfant va aller sans appréhension vers les autres, c’est grâce aux bases solides que ses parents lui auront apportées, afin qu’il développe la confiance en lui qui va lui permettre de s’ouvrir naturellement au monde.
N’est-il pas normal que le cocon familial soit l’endroit le plus sécurisant pour lui ? C’est plutôt bon signe non ?
C’est l’Amour qu’il aura reçu et les valeurs qu’on lui aura transmises qui feront de lui un Être épanoui, équilibré, curieux et ouvert !
Il est quand même délirant qu’on en vienne presque a reprocher aux parents de donner trop d’Amour à leurs enfants !

Deuxièmement, penser que l’école est le seul moyen de sociabiliser un enfant me semble irréaliste. Je dirais même que ce n’est pas un moyen de le sociabiliser ! Laissons à l’école son rôle d’instruction !
Le fait de mettre l’enfant au milieu d’autres enfants n’est pas un bon argument de sociabilisation, car même si certain s’y sentiront à leur aise, d’autres se refermeront sur eux-même. Pour eux, malheureusement, l’impact au niveau scolaire est évident, un mal-être en découle souvent et parfois la déscolarisation est la seule solution.
Faute peut-être à cette compétitivité qui les sépare…
Et puis prôner cette argument signifierait que les enfants bénéficiant de l’instruction en famille sont, ou deviendront des Êtres insociables ? Poser leur la question mais la réponse me semble évidente !

Mes deux filles, âgées de 2 ans et 8 mois, n’attendent pas l’école pour découvrir le monde, les gens !
Souhaitant profondément leur transmettre les valeurs de tolérance, d’Amour de l’Autre, de solidarité et d’entraide, de lien avec la Nature, d’empathie et toutes ces valeurs permettant de vivre en harmonie avec le Tout, nous orientons nos activités et nos sorties en ce sens. Ainsi nous ne stoppons pas cet élan naturel d’aller vers autrui !
Alors évidemment, l’ancrage se faisant plus palpable en grandissant, ce qui est nécessaire pour vivre pleinement l’expérience de la matière, l’enfant développe des peurs (comme la peur du noir,…) qu’il nous revient, avec des mots simples, d’atténuer.
Aussi il ira facilement vers certains adultes, plus difficilement vers d’autres. Le feeling, le ressenti quoi, non ? Est-ce nécessaire de lui reprocher cela ? Nous, adultes, ne fonctionnons-nous pas de cette façon ?

Alors, comme nous avons développé, en tant qu’adultes, la courtoisie et les faux-semblant afin d’être un citoyen exemplaire et discipliné, nous nous efforçons de rester poli et courtois face aux personnes que nous n’apprécions pas forcément, ou avec qui il n’y a pas de feeling, or un enfant est vrai, authentique et ne connaît pas l’hypocrisie !
VRAI, AUTHENTIQUE, que de belles qualités ! Pourtant, nous trouvons encore le moyen de le leur reprocher, par exemple en les obligeant a embrasser autrui pour dire bonjour alors qu’il n’en aurait pas envie, sous peine de lui entendre dire « Tu n’es pas gentil, c’est mal élevé que d’agir de cette façon ! » Pauvre de nous…

Cet article ne démontre en aucun cas la maman exemplaire que je pourrai être ! Je suis une jeune maman, de deux enfants certes, mais jeune maman tout de même puisque ma fille la plus grande a à peine 2 ans, et je suis en plein apprentissage. Des erreurs il m’arrive évidemment d’en faire, cependant je m’attelle, avec ferveur, à devenir la maman la plus bienveillante et exemplaire possible pour mes filles, afin qu’elles soient des Êtres humains libres et épanouis pour ainsi devenir des membres actives d’une Humanité harmonieuse et responsable. Dur mais merveilleux labeur !

A travers ces mots j’ai à coeur d’interpeler sur la nécessité de réfléchir et remettre en question chacun de nos « acquis », afin de se forger une vraie opinion personnelle, basée sur une réflexion du coeur !
Quand on veut imposer à autrui une façon de penser, une ligne directive, subtilement, en leur faisant croire que c’est le fruit d’une réflexion personnelle, c’est l’asservir non ?

« Un individu conscient et debout et plus dangereux que dix mille individus endormis et soumis. » Gandhi

4 réponses à « Sociabiliser son enfant: Réfléchissons à la légitimité de cette notion… »

  1. le principal est que mes petites filles soient sociables avec leur papy….je plaisante bien sûr ….joliment écrit , même si je pense que la scolarisation peut être un plus pour certains enfants…mais les parents ont leur part de responsabilité dans cette sociabilisation ou pas…. A bientot

    1. Merci pour ce commentaire ! Elle parle beaucoup de son papi, il n’y a aucun doute 🙂 Malgré tout il est indéniable qu’il est difficile pour un jeune enfant de créer un lien fort lorsque la distance est belle et bien là, à nous adultes de faire ce qu’il faut pour entretenir les liens 😉 Pour ce qui est de l’école, je ne tiens en aucun cas à la dénigrer car effectivement elle peut être bénéfique pour certain ! Mais encore une fois laissons lui son rôle d’instruction, c’est aux parents de faire le reste ! Être à l’écoute de nos enfants pour intercepter le moindre signe de mal-être ! Après pour ce qui est de la sociabilisation, ne pas confondre le fait d’être insociable avec celui d’être réservé/introverti ! Belle journée

    1. Bonjour Géraldine, merci pour votre commentaire ! Je suis totalement d’accord avec le fait que nous sommes amenés continuellement a expérimenter et faire évoluer notre sociabilité ! Il est vrai que nous demandons énormément à nos enfants… Tout cela pour qu’ils correspondent à notre idéal… À nous de nous remettre profondément en question… Belle Journée

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